Une journée dans la vie d’un détenu
Billet publié le 10/07/2008 à
4:57 pm
Par
Dominique Fortier
Imaginez une journée derrière les barreaux d’une prison, écarté de la société et de ses proches, privé de liberté dans une petite cellule d’un mètre de largeur par trois mètres de longueur avec une chaise, un lit de camp et une toilette. Imaginez-vous maintenant un an ou plus. Intrusion dans le quotidien d’un détenu de la prison de Bordeaux dans l’aile E.
L’aile E de l’Établissement de détention de Montréal compte environ 190 prisonniers qui purgent tous une sentence de six mois et plus pour divers délits comme la vente de stupéfiants, voies de faits, vols de tous genres et même pour payer des contraventions de stationnement… Oui, oui, on enferme encore des gens pour ça! Tout ce beau monde doit alors partager leur quotidien ensemble dans la plus grande harmonie possible tout en essayant de conserver un minimum de dignité; chose qu’on laisse plutôt de côté en entrant ici.
« Avez-vous des problèmes médicaux? Des tendances suicidaires? Non? Parfait. » On vous file alors une couverture, un drap, une serviette et une taie d’oreiller (mais pas d’oreiller) et on vous assigne une cellule. Si le détenu est chanceux, il aura immédiatement son petit coin de paradis ce qui est très rare dû à la surpopulation de la prison. Dans le cas échéant, on le fera dormir un peu partout en attendant de lui dénicher un « domicile fixe ». Après quelques jours, le prisonnier prend enfin possession de sa cellule.
7h30 à 7h50 : Déjeûner trois rôties tièdes, un bol de gruau et café. Si le détenu a le malheur de dormir lors de l’appel à tous, c’est bien dommage mais il se passera de déjeûner.
8h00 à 8h30 : « Deadlock » : Tous les prisonniers doivent demeurer en cellule pendant que les travailleurs font le ménage de l’aile. Justement parlant de travailleurs, ils sont payés en moyenne un dollar à un dollar cinquante de l’heure dans le meilleur des cas. La paye maximale ne dépassant pas 45 dollars par semaine.
11h00 à 11h30 : Dîner qui se compose d’un plat principal souvent accompagnée de la célèbre purée de pommes de terres en poudre.
11h30 à 15h30 : Période libre où les détenus peuvent soit s’entraîner, jouer aux cartes, au ping-pong ou regarder la télévision dans la salle commune.
15h30 à 16h00 : Deuxième deadlock en attendant le souper.
16h00 à 16h30 : Souper. On respecte la hiérarchie laissant les membres du comité (les détenus les plus influents) et les travailleurs passent les premiers. On entend aussi régulièrement des phrases comme : « Mon morceau de gâteau contre ta salade. » Tout se négocie ici.
16h30 à 22h00 : Période libre entrecoupée de deux deadlocks optionnels où les prisonniers demeurent soit dans leur cellule, soit dans la salle commune. C’est la période de la journée où le détenu décompresse en fumant un joint; 50$ le gramme ou un carton de cigarettes en échange. À ceux qui s’insurgent que la drogue est monnaie courante en prison, on pourra répondre qu’il est beaucoup moins pénible de laisser des gars emprisonnés relaxer en fumant de l’herbe que de contrôler près de deux cents détenus souvent très costauds et agressifs.
22h10 : Tout le monde en cellule et bonne nuit.
Les journées se suivent et se ressemblent pour les prisonniers ce qui finit par causer certaines tensions à l’intérieur des murs de la prison. Certains gardiens de prison comme M. Serge Trépanier affirme que : « Les fins de semaine, presque personne ne travaille donc il y a plus de gars dans l’aile. » Plus de prisonniers, plus de friction.
Et on recommence le lendemain biffant un autre jour sur le calendrier en attendant le jour de la libération.

