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Métier… Vocation : Travailleur de rue

Billet publié le 21/06/2008 à 6:02 pm
Par Dominique Fortier

Miguel Laurion a 26 ans, une barbe de trois jours, un vieux jeans et une casquette sur la tête ainsi qu’un chien; un petit Fido qui aux dires du jeune homme favorise l’approche auprès de ceux avec qui il travaille. Son emploi? Travailleur de rue… et médiateur, psychologue, organisateur…

Miguel travaille pour P.E.Y.O. (Parc-Ex youth organization) et intervient auprès de la clientèle jeunesse du quartier Parc-Extension. Il avoue que les problématiques sont nombreuses. « La vente et la consommation de drogues, les vols, le vandalisme, la violence et même la prostitution font partie de la réalité de plusieurs jeunes ici. » Nombreuses sont les causes qui poussent les jeunes à commettre des méfaits. Parmi celles-là, on peut parler de pauvreté, de besoin d’appartenance et d’appât du gain. « Les jeunes qui ont une faible estime d’eux-mêmes sont plus facilement influençables et ceux qui recrutent dans la rue le savent et en profitent. »

Mais quel est le rôle du travailleur de rue » Jusqu’où va son implication? Comment fait-on pour ne pas trop s’impliquer émotionnellement? Miguel laisse échapper un long soupir puis répond : « C’est dur parfois de voir des jeunes sombrer dans la drogue alors qu’ils allaient si bien. Déjà que ça prend des mois avant de gagner la confiance de certains. C’est difficile de ne pas se sentir touché mais on ne peut pas les forcer à s’aider s’ils ne le veulent pas. » Le travailleur de rue se rappelle notamment un jeune qui s’impliquait dans le milieu, qui était respecté par ses pairs et menait une vie bien rangée. Mais suite à une rupture amoureuse, il s’est tourné vers les drogues dures et a abandonné tout ce qui lui tenait à cœur. « Maintenant, il fait rire de lui et se regarder croche par ceux qui jadis lui vouaient respect. C’est triste… »

En tant que travailleur de rue, Miguel vit aussi plusieurs frustrations face au manque de ressources et de la façon dont les gouvernements gèrent les problèmes de pauvreté et de délinquance. « Le milieu scolaire n’offre pratiquement aucune ressource pour informer les jeunes au sujet de la sexualité et la toxicomanie. Un encadrement trop sévère de la part des professeurs n’est pas mieux non plus. Où pensez-vous qu’un jeune se retrouve quand il se fait chasser d’un cours? » Miguel dénonce aussi les programmes communautaires subventionnés par le gouvernement à qui on coupe les vives six mois après sa création. « À quoi ça sert de donner de l’Espoir aux jeunes en démarrant un projet de réinsertion sociale si c’est pour l’abandonner par la suite? »

Le problème de la délinquance est souvent mal adressé selon M. Laurion : « Nous, on guérit alors qu’il faudrait prévenir. (…) L’éducation doit d’abord se faire à la maison et à l’école. » De plus, des jeunes en difficultés qui passent de foyers d’accueils en foyers d’accueils sont complètement laissés à eux-mêmes dès qu’ils atteignent l’âge de 18 ans. « La DPJ, c’est de la marde! Lorsque les jeunes cessent d’être pris en charge parce qu’ils ont atteint l’âge adulte, ils retournent dans la rue. Le problème demeure le même. »

Quelles qualités doit avoir un bon travailleur de rue au juste? Miguel croit qu’un intervenant doit être capable de parler le même langage que les jeunes et trouver des points communs avec eux pour faciliter l’approche. « Quand les jeunes me jasent de joueurs de basket ou de 50 cent, je sais de quoi ils parlent. » Le travailleur de rue doit aussi être psychologue à ses heures et avoir un grand sens de l’écoute. Il doit inspirer confiance aux jeunes. Miguel trouve quand même une grande satisfaction à exercer son métier malgré le lot de frustrations qu’il apporte. « Au bout du compte, quand t’as réussi à motiver un jeune à faire quelque chose de positif de sa vie, tu te dis que ça en vaut la peine! »

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